Un salarié qui déménage un mardi peut-il exiger de son employeur une journée d'absence payée pour porter ses cartons ? La réponse courte est non, sauf si un texte propre à son secteur ou à son entreprise le prévoit. Le service public le formule sans détour : ni la loi ni le code du travail n'organisent de congé pour déménagement.

Cette absence de règle générale explique les réponses contradictoires que l'on trouve en ligne. Certains salariés disposent de deux jours, d'autres d'aucun, et tout se joue dans des textes que peu de gens consultent : la convention collective de la branche, un accord signé dans l'entreprise, ou une habitude devenue règle. Comprendre d'où vient le droit permet de savoir rapidement à quoi s'attendre.

Congé déménagement : ce que le code du travail ne prévoit pas

Le code du travail énumère des congés pour événements familiaux, comme le mariage, la naissance ou le décès d'un proche. Le changement de domicile n'en fait pas partie. Un salarié qui ne relève d'aucun texte plus favorable n'a donc pas de jour réservé à son déménagement, et l'employeur peut refuser de lui en accorder un.

Ce silence ne signifie pas que le congé est rare. Il signifie que sa source est ailleurs, dans la négociation collective. Et lorsqu'un texte de ce type le prévoit, il s'impose à l'employeur : celui-ci ne peut plus le refuser au salarié qui remplit les conditions fixées.

Trois origines possibles du droit

La convention collective de branche

C'est la source la plus fréquente. Une convention collective règle les conditions de travail de toutes les entreprises d'un secteur, et beaucoup d'entre elles comportent un chapitre sur les absences exceptionnelles. Lorsqu'un jour pour changement de domicile y figure, il s'agit souvent d'un ou deux jours, selon le service public.

La convention qui compte est celle de l'activité principale de l'entreprise, pas celle du métier exercé par le salarié. Un comptable employé par une entreprise de transport relève donc de la convention du transport, et non de celle des cabinets comptables.

L'accord d'entreprise

Une entreprise peut négocier avec les représentants du personnel un accord qui ajoute des avantages à la convention de branche. Un jour de congé pour déménager peut figurer dans ces accords. L'accord se consulte auprès du service des ressources humaines ou des représentants du personnel.

L'usage

Plus rare et plus fragile, l'usage naît d'une pratique installée : si l'entreprise accorde depuis longtemps, à tous les salariés qui déménagent, une journée payée, cette pratique peut devenir une obligation. Le service public la cite au même titre que les deux autres sources. Il est prudent de demander une confirmation écrite avant de s'appuyer dessus.

Comment savoir si l'on y a droit

La démarche tient en trois étapes.

  1. Identifier sa convention collective. Son intitulé figure sur le bulletin de paie. À défaut, le service public met à disposition un outil de recherche à partir du nom de l'entreprise ou de son numéro Siret.
  2. Lire le chapitre des congés exceptionnels ou des autorisations d'absence. Le texte précise s'il existe un jour pour déménagement et, le cas échéant, ses conditions : ancienneté minimale, fréquence maximale, justificatif à fournir, délai pour prévenir.
  3. Interroger le service du personnel sur l'existence d'un accord d'entreprise ou d'un usage plus favorable.

Lorsque le congé existe, le jour accordé est rémunéré : il n'entraîne aucune perte de salaire. Le texte peut aussi exiger une preuve du changement d'adresse : bail, acte de vente ou facture d'énergie au nouveau domicile font l'affaire dans la plupart des cas.

Bulletin de paie et documents posés sur un bureau

Sans texte : les solutions qui restent

Poser des congés payés

C'est la solution la plus courante. Les règles des congés payés s'appliquent alors normalement : les dates de départ sont fixées par la convention ou un accord, ou à défaut par l'employeur après avis du comité social et économique s'il existe. Le salarié propose ses dates, l'employeur peut les refuser.

Un point protège le salarié une fois l'accord obtenu : l'employeur ne peut plus modifier des dates acceptées moins d'un mois avant le départ, sauf circonstances exceptionnelles. Pour un déménagement dont la date dépend d'une remise de clés ou d'un camion réservé, mieux vaut donc faire valider ses jours le plus tôt possible.

Utiliser des RTT ou des heures à récupérer

Les salariés qui disposent de jours de réduction du temps de travail ou d'un compteur d'heures peuvent les mobiliser, selon les règles de pose fixées dans l'entreprise. Ces jours sont souvent plus souples que les congés payés, mais restent soumis à l'accord de la hiérarchie.

Choisir la date du déménagement

Déménager un samedi évite toute absence pour un salarié qui travaille du lundi au vendredi. Le choix de la date dépend toutefois d'autres contraintes : fin du préavis du logement quitté, disponibilité d'un déménageur, autorisations de stationnement. Ces contraintes s'articulent dans un rétroplanning, que l'on peut bâtir à l'aide de l'article pour préparer son déménagement.

Demander un congé sans solde

En dernier recours, un congé non payé peut se négocier avec l'employeur, qui reste libre de l'accepter ou non. Il réduit le salaire du mois concerné.

Quand le déménagement est lié au travail

Le salarié du privé muté ou recruté

Une mutation ne crée pas, à elle seule, de jour de congé : là encore, tout dépend de la convention ou de l'accord, qui prévoient parfois un régime plus favorable en cas de mobilité demandée par l'entreprise. Côté logement, en revanche, la règle est nationale : le locataire d'un logement vide qui déménage pour une mutation, un premier emploi, une embauche consécutive à une période sans emploi ou un licenciement bénéficie d'un préavis réduit à un mois, pourvu que le courrier adressé au bailleur invoque ce motif, pièce à l'appui. Ce préavis s'ajoute aux autres démarches du déménagement, du changement d'adresse à la carte grise.

L'agent public muté

Les fonctionnaires et contractuels de l'État dont l'affectation change de commune peuvent obtenir la prise en charge de leurs frais de changement de résidence : transport des personnes du foyer et indemnité forfaitaire de déménagement. Quand l'agent demande lui-même sa mutation, il doit en principe avoir passé au moins cinq ans dans sa résidence précédente, durée ramenée à trois ans dans certains cas, et l'indemnité est minorée de 20 %. Elle est au contraire majorée de 20 % en cas de mutation d'office, de promotion ou d'obligation de mobilité.

Pour l'absence elle-même, les règles relèvent de chaque administration ; le service des ressources humaines indique si une autorisation d'absence est prévue.

Calendrier mural avec une date entourée

Trois situations pour fixer les idées

Une convention prévoit un jour. La salariée vérifie la condition d'ancienneté éventuelle, adresse sa demande par écrit en citant l'article, puis joint son nouveau bail. L'employeur ne peut pas refuser si les conditions sont remplies, et la journée est payée comme une journée travaillée.

Aucun texte ne prévoit rien. Le salarié propose un jour de congé payé dès qu'il connaît la date de remise des clés. Son responsable peut refuser et suggérer une autre date ; une fois la date acceptée, elle ne peut plus être changée par l'employeur dans le mois qui précède, sauf circonstances exceptionnelles.

Un agent de l'État est muté d'office. Ses frais de changement de résidence sont pris en charge avec une majoration de 20 %, sans condition de durée dans son ancien poste. Pour le jour d'absence lui-même, il interroge son service du personnel.

Dans les trois cas, l'écrit reste la meilleure protection : il fixe la date de la demande et le fondement invoqué.

Bien formuler sa demande

Même lorsque le droit existe, une demande claire évite les malentendus. Elle précise la date du déménagement, le texte invoqué (article de la convention ou de l'accord), et propose de transmettre le justificatif. Un écrit, courriel ou formulaire interne, garde la trace de la date de la demande, utile si le texte impose un délai de prévenance.

Le jour choisi doit coïncider avec le chargement ou le déchargement, pas avec une veille de départ : c'est la journée la plus chargée, celle où l'on attend le camion, où l'on relève les compteurs et où l'on fait l'état des lieux.

Questions fréquentes

Combien de jours de congé pour un déménagement ?

Aucun en application du seul code du travail. Lorsqu'une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage en prévoit, il s'agit souvent d'un ou deux jours, selon le service public.

L'employeur peut-il refuser un congé déménagement ?

Oui, si aucun texte ne le prévoit. Non, si la convention, l'accord ou l'usage applicable l'accorde et que le salarié en remplit les conditions.

Le jour de déménagement est-il payé ?

Oui, lorsqu'il est accordé au titre d'une convention ou d'un accord : il n'entraîne aucune retenue sur salaire. Un jour de congé sans solde, lui, n'est pas payé.

Où trouver sa convention collective ?

Sur le bulletin de paie, ou grâce à l'outil de recherche du service public à partir du nom ou du numéro Siret de l'entreprise.

Un fonctionnaire a-t-il droit à un congé pour déménager ?

La question relève des règles de chaque administration, à vérifier auprès du service des ressources humaines. En cas de mutation, l'agent de l'État peut en revanche obtenir le remboursement d'une partie de ses frais de changement de résidence.

Quand demander ses congés pour déménager ?

Le plus tôt possible : l'employeur fixe ou valide les dates, et ne peut plus les modifier moins d'un mois avant le départ, sauf circonstances exceptionnelles.

Sources et références

  • Service-public.gouv.fr, Un salarié a-t-il droit à un congé pour déménagement ? — www.service-public.gouv.fr
  • Service-public.gouv.fr, Congés payés du salarié dans le secteur privé — www.service-public.gouv.fr
  • Service-public.gouv.fr, Préavis du locataire — www.service-public.gouv.fr
  • Fonction publique, La prise en charge des frais de changement de résidence — www.fonction-publique.gouv.fr